Le Parti de la Refondation Socialiste est un parti communiste opérant en Turquie.

L’emblème du Parti est une étoile tricolore; le rouge y symbolisant la lutte de la classe ouvrière, le vert la nature et la lutte pour préserver nos habitats, et le violet la lutte d’émancipation des femmes.

L’article 2 des statuts définit le Parti comme suit : Dans tous les continents du monde, aujourd’hui, la classe ouvrière d’abord, les femmes, les jeunes, les défenseurs de la nature et de la vie, de même que tous les travailleurs et les opprimés sont celles et ceux qui se trouvent dans le pôle progrès et révolution du conflit, ils sont les porteurs du mouvement en avant de l’Histoire. Le postulat selon lequel: “L’histoire écrite de toute société jusqu’à nos jours n’a été que l’histoire de luttes de classes”, se trouve aujourd’hui une fois de plus confirmé à l’échelle globale. La classe ouvrière et le monde opprimé ne peuvent mener à terme cette lutte que dans la mesure où ils s’organisent et se dressent en force organisée contre les classes dominantes. Le Parti de la Refondation Socialiste (SYKP) qui a été établi avec l’ambition de répondre à ce besoin est le parti communiste de la classe ouvrière et de tous les opprimés. Le SYKP est conscient que, dans la conjoncture historique que nous traversons, la refondation du mouvement ouvrier et du mouvement socialiste est indispensable. La principale mission du Parti est de servir celle-ci. 

LE SYKP, DE SON ETABLISSEMENT JUSQU’A  AUJOURD’HUI

Le SYKP fut fondé par des révolutionnaires dont certains luttent pour le socialisme depuis les années 60. De ce point de vue, il ne peut être considéré comme un nouveau parti. Mais d’un autre point de vue, il s’agit bien d’un nouveau parti puisque sa fondation est relativement récente et surtout son programme diffère de ceux d’autres partis révolutionnaires, socialistes et communistes sur des points essentiels,

Notre parti fut établi le 24 juin 2013. Il est né de l’intégration de quatre groupes et partis et de nombreux autres socialistes indépendants, à l’issue de deux ans de débats intensifs sur des problèmes fondamentaux idéologiques et organisationnels. La date convenu initialement pour déclarer sa fondation étais le 16 juin : l’anniversaire du soulèvement ouvrier historique en 1970. Cependant, un autre grand mouvement de résistance populaire (Occupy Gezi ou résistance de Juin) a éclaté les derniers jours de mai 2013, et la nécessité d’y participer activement a retardé quelque peu le dépôt des statuts. De ce fait le SYKP est à la fois l’enfant et l’élève d’Occupy Gezi.

La Prof. Dr. Nejla KURUL et Tuncay YILMAZ ont été les co-présidents fondateurs. Ensuite, conformément aux statuts du Parti limitant le nombre de mandats, d’autres camarades ont été élus co-présidents. Ainsi, lors des troisième congrès et conférence qui ont lieu du 13 au 15 octobre 2018, le flambeau a été repris par les camarades Canan YUCE et Cavit UGUR. Parmi les fondateurs du Parti se trouvent aussi bien des figures historiques du mouvement communiste de Turquie tels Sevim BELLI, Ertugrul KURKCU, Mahir SAYIN, Kenan KALYON, que des jeunes camarades nés dans les années 80-90.

Le SYKP est actuellement implanté dans quinze « grandes-villes » dont la population dépasse un million d’habitants et aussi dans certaines villes plus petites.

LE MOUVEMENT COMMUNISTE ET LE SYKP

La gauche de Turquie se trouve dans un état de morcellement extrême dont les origines sont à chercher à partir de 1968. Ce déclin a continué en s’aggravant pendant les années 70. Les tentatives de construire un parti unifié durant les années 90 n’ont pas fait long feu ; de surcroît on a vu apparaître des nouvelles dissensions tant au niveau tactique, stratégique que théorique. Outre le SYKP, il y a plusieurs partis, mouvements et cercles ayant comme perspective le socialisme. Il existe également une forte orientation socialiste au sein du mouvement nationale kurde en dépit de l’existence de dynamiques contradictoires. Le SYKP n’a pas la prétention, de par sa formation, d’avoir achevé la refondation et l’unification du mouvement communiste. Il se tient ouvert et prêt à d’autres processus d’unification.

Notre parti considère communiste tous ceux qui se disent communiste et ce, quelles que soient les différences idéologiques, politiques et organisationnelles. Il fait sien l’héritage de lutte d’autres partis et de mouvements révolutionnaires avec une approche critique et  cherche à apprendre de leurs expériences aussi.

Le SYKP tient compte des conditions objectives actuelles plutôt positives pour  tenter de surmonter les schismes apparus dans l’histoire du mouvement communiste. Il constate avec satisfaction qu’entre celles et ceux qui se disent communistes, même si auparavant ils/elles militaient au sein d’organisations stalinienne, trotskiste, maoïste, focaliste (guevariste) ou hodjaïste, les possibilités et les plateformes de lutte commune sont désormais élargies et les inimitiés historiques éteintes. Il favorise l’accélération des développements en ce sens tout en sachant qu’il existe des différences fondamentales formées durant des décennies dans les façons d’appréhender, de réagir, de s’organiser,  et qui ne peuvent être dépassées en un tour de main.

Le SYKP prévoit donc, du fait d’avoir réussi cela à petite échelle en son sein, la possibilité de se réunir en une autre organisation avec des communistes venant d’autres horizons idéologiques et de structures différentes. En attendant que les conditions y soient favorables, d’une part il cherche à se retrouver et à marcher ensemble avec eux dans la lutte de classe et au sein de mouvements sociaux, tente de développer les liens de camaraderie, d’autre part il ne ménage pas ses critiques et continue à débattre sur des problèmes idéologiques.

POURQUOI LE SYKP ALORS QUE LE HDP EST LA ?

Le SYKP est un parti communiste. Il ne perd jamais de vue que tous les problèmes sociaux et les conflits proviennent, en dernière analyse, de l’exploitation du travail et de la contradiction antagoniste de classe. Il voit la solution de tout cela et la possibilité de les surmonter dans la lutte et dans une révolution menée par les forces populaires avec la classe ouvrière comme avant-garde. Il est donc un parti plus ou moins homogène fondé par des militants communistes avec cette approche. Mais il est aussi l’un des composants du HDP.

Alors que le Parti Démocratique des Peuples (HDP) est un front en forme de parti politique ou une organisation d’ombrelle hétérogène qui regroupe des individus, des partis, des syndicats, des associations, des ONG ayant des idéologies différentes et parfois des orientations divergentes, mais qui s’y retrouvent dans le but de lutter ensemble pour la paix, la démocratie et la liberté. A cet égard, il est une coalition qui ressemble plus ou moins au SYRIZA en Grèce. Bien que la grande majorité y soit kurde il a été porté une attention particulière à ce qu’il y ait également des représentants des turcs, des arabes, des arméniens et des syriaques. Les communistes et les révolutionnaires kurdes ensembles s’assurent que le HDP  suive  une ligne de gauche. Mais des écarts entre les priorités du mouvement de libération kurde et celles des communistes demeurent naturellement. D’ailleurs, à part les kurdes et communistes, il y a également des libéraux de gauche, des alévis, des musulmans anticapitalistes et des kurdes d’obédience sunnite. Certains se plaignent occasionnellement de l’influence exagérée des marxistes, de la ligne à gauche du Parti, de la présence des membres de la communauté LGBTI, etc.

Dans les programmes des deux partis, on trouve beaucoup d’articles se chevauchant et/ou ayant des points communs. Cependant il est impensable que les communistes se fondent et disparaissent dans les composants divers et contradictoires du HDP. C’est pourquoi le SYKP garde sa ligne indépendante et sa propre organisation.

Les fondateurs du SYKP défendent, depuis toujours, la nécessité d’être solidaire et de lutter ensemble avec d’autres forces révolutionnaires et démocratiques, et de tisser des liens pérennes avec le mouvement de libération kurde en vue de constituer des plateformes communes de lutte. Le HDP est le cadre politique le plus approprié à cette fin. Les plateformes communes diverses crées depuis 2003 à la suite de l’appel du leadership politique kurde, ont abouti  en 2011 à la fondation du Congrès démocratique des Peuples ( HDK). Un an après, dans le but de participer aux élections et mener une lutte plus efficace au niveau parlementaire, le HDP  a été crée. Le SYKP a pris activement part aux travaux menant à la fondation de ces deux structures. D’ailleurs plusieurs membres du SYKP siègent au sein de l’assemblée générale et d’autres instances dirigeantes du HDP.

Le camarade Ertugrul KURKCU, un des fondateurs du SYKP, a eu la responsabilité d’être co-fondateur à la fois du HDK et du HDP. Après avoir exercé un mandat de co-president et deux mandats en qualité de député, il est actuellement le président d’honneur du HDP. Une autre camarade, Tulay HATIMOGULLARI, co-présidente du SYKP  en 2016/2018 exerce  la fonction de députée pour le HDP.

NOS OBJECTIFS GENERAUX ET NOS ORIENTATIONS

Les objectifs et les orientations du SYKP sont résumés dans son programme comme suit:

•  (…) Le but ultime du Parti de la Refondation Socialiste (SYKP) est une société communiste où l’exploitation capitaliste et toutes formes de domination, toutes les inégalités, tous les rapports sociaux hiérarchiques et excluant sont éliminés, où la division du travail est dépassée, où la solidarité et la coopération sont devenus une caractéristique intériorisée de l’existence humaine. Une société ayant résolu l’opposition campagne/ville,  travail manuel/travail intellectuel, et les rapports de domination/dépendance  entre les sexes n’ont plus cours, une société dans laquelle tous les rapports sociaux  ainsi que les relations homme-nature sont transformés avec une perspective de production et de consommation permettant une coévolution durable et compatible avec les cycles écologiques. Une société communiste où la propriété privée bourgeoise est abolie; et, ayant pour devise “de chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins” après avoir franchi l’étape où la norme “à chacun selon son travail” était en cours.

•  Une telle société ne peut être réalisée qu’à l’échelle planétaire. Le SYKP part du constat   que la transition du capitalisme au communisme, dans l’analyse finale, est un  événement historique mondial et un processus universel. Il ne donne crédit à aucune considération locale ni à aucun projet “national” du communisme qui, comme en a témoigné l’Histoire, serait de nature à retenir la gauche socialiste dans un horizon et une conception nationale, à réduire le socialisme en développementalisme, en propriété de l’État, en répartition planifiée au niveau national des forces productives et du produit social,  à renforcer l’État en se réfugiant derrière l’excuse d’impératifs  au lieu de le porter à l’extinction, conduisant parallèlement à anéantir la démocratie socialiste étape par étape et à fausser la perspective du communisme. Le SYKP considère le socialisme comme une progression dans laquelle les processus de travail et de production, ainsi que toutes les relations sociales sans exception et les individus eux-mêmes sont transformés. 

• La voie du communisme universel, lequel ne peut être que le produit d’une révolution mondiale, passe par une république mondiale des communes où les frontières, les nations, les Etats-nations seront effacés, la terre sera appropriée comme une patrie commune par les êtres humains, l’idéal de “l’humanité” prêché sous forme d’abstraction par les penseurs des lumières dans sa période révolutionnaire sera enfin réalisée . Les révolutions locales et nationales ne peuvent servir au processus de transition globale et à l’idéal du communisme qu’en visant cet objectif et en avançant conformément à ce dernier.     

• Cependant, l’espérance d’une révolution mondiale qui va commencer en même temps dans tous les pays, régions et continents et qui avancera à la même vitesse partout est  invraisemblable dans l’avenir tout comme dans le passé.  Bien qu’il s’agisse d’ un processus composé, et basé sur des dénominateurs communs, il évolue d’une manière inégale montant sur une combinaison différente de conflits à chaque endroit dans divers originalités. C’est ce développement inégal qui rend non seulement possible mais aussi inévitable la rupture de chaque pays du système impérialiste-capitaliste, même s’il  conduit aux vagues révolutionnaires “contagieux” qui  influence  le monde en générale dans certains relais de l’histoire.

• Le SYKP comprend la transition du capitalisme au communisme, dans son aspect essentiel, comme un processus de révolution socialiste au niveau mondial. Mais certains pays peuvent être impliqués dans ce processus par des ouvertures ou des entrées démocratiques révolutionnaires comme cela a si souvent été le cas au cours du  20e siècle.

• Partant des observations précitées, le SYKP lutte pour une république sociale et démocratique qui sera l’expression d’une transformation démocratique et révolutionnaire et de l’orientation vers le socialisme en Turquie. Le SYKP voit cette république démocratique et sociale en Turquie comme un relais pour la conquête du pouvoir politique par le prolétariat et une forme spécifique de son pouvoir, comme l’objectif le plus approprié qui relierait la révolution d’un seul pays à la révolution mondiale. Cependant il n’oublie pas le fait qu’une révolution prolétarienne d’un seul pays portera en elle-même, plus ou moins mais toujours, les dangers d’un retour en arrière et d’une restauration, tant qu’elle ne cherchera pas à évoluer vers la révolution mondiale, tant qu’elle ne donnera pas d’impulsion à celle-ci, tant qu’elle n’avancera pas en résonance avec les luttes anticapitalistes. Une révolution qui n’avance pas régresse et se trouve assiégée par le monde capitaliste. C’est un rapport qui ne laisse pas d’autre voie possible à une révolution locale, si elle veut avancer, que d’être internationaliste et universaliste.   

• Au 21e siècle, éliminer ce risque ou le réduire au minimum dépend du radicalisme de la rupture révolutionnaire du pays concerné, de son dépassement au-delà de l’horizon bourgeois, de la possession d’un programme régional, de son investissement dans le rôle d’appelant et d’initiateur d’une nouvelle civilisation, de sa pose d’un jalon universel du fait d’être déterminant et avancé à tous égards, de son pouvoir de donner une forte inspiration par sa présence  et ses pratiques aux luttes anti-capitalistes globales. La Turquie est un des pays clé où il est possible de le faire, un pays qui se trouve à l’intersection de l’Orient et de l’Occident, dans lequel les contradictions du système capitaliste sont accumulées, entre-croisées et concentrées. L’Histoire invite le mouvement socialiste de Turquie à jouer ce rôle.

• Par conséquent le SYKP défend une révolution ininterrompue, une révolution qui ne reste pas figée dans une certaine étape ou dans le lieu où elle a été réalisée, qui conserve toujours l’impulsion de s’approfondir, se répandre et se perfectionner, qui pousse le processus de la révolution sociale à accélérer sur tous les fronts.

• Comme Marx a fait remarquer autrefois, une république qui n’est pas sociale ne peut certainement pas être démocratique non plus.  Quoi qu’elle soit démocratique, une république qui n’est pas sociale, qui ne met pas au centre l’intérêt de tous, qui ne réduit pas l’espace de l’existence du capital et des relations de marché jour après jour, qui ne pave pas les fondations d’une société dépassant le capitalisme, qui ne se met pas à exproprier ceux qui ont déjà été expropriateurs, deviendra à travers le temps et facilement un outil pour le capital.

• Le SYKP voit l’abolition de la propriété privée bourgeoise comme une reprise de possession, de maniéré collective, des moyens et des conditions de production par les dépossédés. Le but du Parti est d’annihiler enfin l’absence de rapport entre ceux qui produisent et les conditions matérielles de la production; de rendre la propriété commune de tous un gigantesque réservoir des forces productives qui ne peut plus être possédé par des individus singuliers; d’affranchir l’aliénation et de mettre la richesse sociale, à tous égards, à la disposition et à la jouissance des individus.  

POURQUOI LA REFONDATION

Le SYKP se considère l’héritier des acquis, du patrimoine et des expériences du processus de révolution mondiale. Mais il juge judicieux d’avoir un regard critique vis-à-vis de cet héritage. De ce fait il ne donne pas de crédit aux tendances qui voient l’implosion du socialisme réel comme un accident ou une coïncidence, ou alors qui lient celle-ci au fait que les dirigeants ayant succédé aux leaders fondateurs soient des révisionnistes ou des traîtres. Il considère que ces approches superficielles sont contraires à la dialectique matérialiste et ne servent qu’à cacher les vrais problèmes. Le modèle socialiste effondré, malgré les acquis historiques, était défectueux en raison d’une série d’erreurs et de fautes économiques, sociales, politiques et idéologiques dont la compréhension et le dépassement sont cruciaux afin de refonder le socialisme. Le regard que le SYKP porte sur ces problèmes est exprimé dans le programme de la manière suivante et sous le titre de “Les leçons des révolutions arrêtées dans leur élan illuminent notre chemin” :

L’effondrement du “socialisme réel” symbolisé par la chute du mur de Berlin en 1989 n’a pas fait qu’ouvrir la voie à la confiscation des acquis sociaux obtenus par des millions de travailleurs qui ont combattu durant des générations, il a aussi gravement endommagé, sous les décombres de ce même mur,  la foi en la possibilité et le réalisme de “construire un autre monde” -socialiste- offert à l’humanité par les ouvriers à travers leurs luttes, leurs expériences et leurs acquis dès 1848 et en passant par la Commune de Paris.

L’effondrement de tous les centres de résistance et l’assimilation de ces derniers par le capitalisme ont aussi joué un rôle essentiel dans le fait que la nouvelle vague de globalisation capitaliste, commencée dans les années 80, ait pu déferler sans retenue sur l’humanité, et que  ceci ait pu être sacré comme une “victoire contre le socialisme”.

Mais cette période de régression a pris fin. Maintenant les millions de travailleurs qui se soulèvent dans les hémisphères sud et nord contre la globalisation capitaliste, tout en orientant le fer de lance de leurs critiques vers le capitalisme, donnent des coups de boutoir “de l’intérieur” sur les pratiques et les doctrines du socialisme déchu. Tout comme en 1848, la révolution du 21ème siècle aussi « se critique elle-même constamment, interrompt à chaque instant son propre cours, revient sur ce qui semble déjà être accompli pour le recommencer à nouveau, raille impitoyablement les hésitations, les faiblesses et les misères de ses premières tentatives ».

L’interrogation de toutes les pratiques et doctrines qui sont énumérées ci-après rend au marxisme, encore une fois, son prestige en tant que “critique de tout ce qui est”: les critères de développement “socialiste”, les techniques de production et la mentalité de dominer la nature empruntés à la “modernisation capitaliste” ; l’exclusion du “contrôle ouvrier” de la “planification” et de la production ; la “collectivisation forcée” ; la dégradation de la dictature du prolétariat en une “dictature de parti unique” ; le refus de la “démocratie socialiste” et du pluralisme politique ; la restriction des libertés de croyance, d’expression, de critique et d’organisation ; des libertés académique et artistique ; la subordination de l’internationalisme aux intérêts étatiques ; la soumission du mouvement communiste international à la tâche de défendre la patrie socialiste ; l’imposition d’un “modèle” ignorant les particularités locales; la perpétuation de la domination patriarcale sur les femmes et sur ceux qui ont une sexualité non-hétérosexuelle ; l’assimilation des différences ethniques et régionales, etc…

Et l’insurrection globale, à chaque pas en avant, à chaque face à face avec l’obligation de donner du contenu à sa devise universelle et enfin à chaque tentative d’argumenter “la possibilité d’un autre monde”  en transcendant les simple souhaits, rejoint l’héritage philosophique et politique du marxisme. Derechef on cherche une explication cohérente à la crise aggravante du capitalisme dans le marxisme et on la trouve. Et le marxisme se nourrit, de nouveau, de la critique à tout niveau contre le capitalisme global. Il retrouve enfin la possibilité de réparer les dégâts causés par l’économisme de la 2ème Internationale et de la dégradation induite par  son adaptation comme “doctrine officielle” pendant des décennies.

Partout dans le Monde, la lutte de la classe ouvrière contre l’exploitation en tête, une résistance à plusieurs axes et aux composants multiples se redressent en s’appuyant sur l’héritage de pensée progressiste, émancipatrice et critique.

Le marxisme, de par son essence internationaliste et révolutionnaire, d’une part bénéficie des contributions “révolutionnaires” de l’insurrection globale, et d’autre part, équipe de nouveau la classe ouvrière et les opprimés d’une vision révolutionnaire du monde contre le danger que ceux-ci puissent se retrouver dans l’impasse en rentrant dans l’orbite de tendances nationalistes, communautaristes, ou réformistes globales. Il assure à la classe ouvrière la capacité d’établir des liens développés avec des dynamiques de résistance aux axes et composants multiples, d’intégrer leurs luttes dans l’espace de couverture de la lutte de classe et par là de rétablir son hégémonie et son rôle d’avant-garde. Il entretient l’espoir de la révolution mondiale, introduit au mouvement une profondeur de vision et d’une solidité de foi. Le marxisme reconquiert sa capacité de répondre aux interrogations et aux problèmes d’une révolution à l’échelle mondiale, mais ce qui lui rendra sa vraie force créative sera sa vérification par la réalisation d’ une révolution et par la transformation de sa connaissance de changement du Monde en réalité.

STATUTS DU PARTI DE LA REFONDATION SOCIALISTE

(Les quatre premiers articles qui définissent et expliquent le SYKP; le reste ayant été composé en fonction de nécessités des lois pour les Partis Politiques et des Élections)*

Article 1 : NOM DU PARTI

Le nom est le Parti de la Refondation Socialiste, et l’abréviation, SYKP. Le siège du Parti est à Ankara. L’emblème du Parti est une étoile de couleur rouge, vert et violet sur un fond blanc.

Article 2 : DEFINITION DU PARTI

Dans tous les continents du monde, aujourd’hui, la classe ouvrière d’abord, les femmes, les jeunes, les défenseurs de la nature et de la vie, de même que tous les travailleurs et les opprimés sont celles et ceux qui se trouvent dans le pôle progrès et révolution du conflit, ils sont les porteurs du mouvement en avant de l’Histoire. Le postulat selon lequel: “L’histoire écrite de toute société jusqu’à nos jours n’a été que l’histoire de luttes de classes”, se trouve aujourd’hui une fois de plus confirmé à l’échelle globale. La classe ouvrière et le monde opprimé ne peuvent mener à terme cette lutte que dans la mesure où ils s’organisent et se dressent en force organisée contre les classes dominantes. Le Parti de la Refondation Socialiste (SYKP) qui a été établi avec l’ambition de répondre à ce besoin est le parti communiste de la classe ouvrière et de tous les opprimés. Le SYKP est conscient que, dans la conjoncture historique que nous traversons, la refondation du mouvement ouvrier et du mouvement socialiste est indispensable. La principale mission du Parti est de servir celle-ci.   

Article 3 : OBJECTIF DU PARTI 

Le but ultime du Parti de la Refondation Socialiste (SYKP) est une société communiste où l’exploitation capitaliste et toutes formes de domination, toutes les inégalités, tous les rapports sociaux hiérarchiques et excluant sont éliminés, où la division du travail est dépassée. Une société ayant résolu l’opposition campagne/ville,  travail manuel/travail intellectuel, et les rapports de domination/dépendance entre les sexes n’ont plus cours, une société dans laquelle tous les rapports sociaux  ainsi que les relations homme-nature sont transformés avec une perspective de production et de consommation permettant une coévolution durable et compatible avec les cycles écologiques. Une société communiste où la propriété privée bourgeoise est abolie; et, ayant pour devise “de chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins” après avoir franchi l’étape où la norme “à chacun selon son travail” était en cours.

• Le SYKP voit l’abolition de la propriété privée bourgeoise comme une reprise de possession, de maniéré collective, des moyens et des conditions de production par les dépossédés. Le but du Parti est d’annihiler enfin l’absence de rapport entre ceux qui produisent et les conditions matérielles de la production; de rendre la propriété commune de tous un gigantesque réservoir des forces productives qui ne peut plus être possédé par des individus singuliers ; d’affranchir l’aliénation et de mettre la richesse sociale, à tous égards, à la disposition et à la jouissance des individus .

Une telle société ne peut être réalisée qu’à l’échelle planétaire. Le SYKP part du constat   que la transition du capitalisme au communisme, dans l’analyse finale, est un  événement historique mondial et un processus universel. Il défend que la voie du communisme universel, lequel ne peut être que le produit d’une révolution mondiale, passe par une république mondiale des communes où les frontières, les nations, les Etats-nations seront effacés, la terre sera appropriée comme une patrie commune par les êtres humains, l’idéal de “l’humanité” prêché sous forme d’abstraction par les penseurs des lumières dans sa période révolutionnaire sera enfin réalisée . Les révolutions locales et nationales ne peuvent servir au processus de transition globale et à l’idéal du communisme qu’en visant cet objectif et en avançant conformément à ce dernier.

Partant des observations précitées, le SYKP lutte pour une république sociale et démocratique qui sera l’expression d’une transformation démocratique et révolutionnaire et de l’orientation vers le socialisme en Turquie. Le SYKP voit cette république démocratique et sociale en Turquie comme un relais pour la conquête du pouvoir politique par le prolétariat et une forme spécifique de son pouvoir, comme l’objectif le plus approprié qui relierait la révolution d’un seul pays à la révolution mondiale. Cependant il n’oublie pas le fait qu’une révolution prolétarienne d’un seul pays portera en elle-même, plus ou moins mais toujours, les dangers d’un retour en arrière et d’une restauration, tant qu’elle ne cherchera pas à évoluer vers la révolution mondiale, tant qu’elle ne donnera pas d’impulsion à celle-ci, tant qu’elle n’avancera pas en résonance avec les luttes anticapitalistes. Sachant qu’une révolution qui n’avance pas régresse et se trouve assiégée par le monde capitaliste, le SYKP agit en sorte que  la révolution locale acquière un caractère internationaliste et universaliste.

Article 4 : LA NATURE ET LES PRINCIPES DU PARTI

a) En tant qu’ organisation de lutte, le SYKP puise sa force chez les acteurs énumérés dans l’article 2 et dans la légitimité à défendre les droits et les revendications de ces derniers. Le Parti est l’organe politique, communiste, de ces forces de classe et des couches sociales citées. Le but de rendre celles-ci maîtresses dans les décisions et dans chaque domaine de vie constitue le fondement de son action politique. Il mène son action en prenant pour base les unités de travail et d’habitations.

b) Le Parti est composé des membres qui acceptent le programme, les statuts et qui œuvrent dans ce sens. Chaque membre bénéficie d’une manière égale des droits inscrits dans les statuts et accomplit ses devoirs et ses responsabilités de la même manière. Le programme, les statuts, et la camaraderie dans la lutte constituent la base de l’unité du Parti.  

c) Le Parti est une entité qui rassemble tous les membres et qui transforme leurs actions et leurs activités en une volonté collective dans le cadre défini par les statuts et le programme.

d) Dans le Parti, l’unité de l’action est essentielle mais les différences sont légitimes. Pour les décisions, il est d’abord recherché un consensus.  En cas de désaccord, pour les sujets qui concernent les changements dans les statuts et le programme, la liquidation du Parti ou l’unification et la fusion avec d’autres partis et formations, l’adhésion des deux tiers des membres des d’organes compétents en la matière est requise; pour tous les autres sujets, la majorité simple est suffisante. Les membres qui sont en opposition avec la décision prise peuvent ne pas participer aux actions et aux préparations qui en découlent, par contre ils n’ont pas le droit d’empêcher la mise en action de ces dernières et encore moins d’organiser une action à l’encontre de cette décision. Les membres peuvent participer, individuellement, aux activités qui n’ont pas fait l’objet d’une décision dans les organes du Parti.

Les propositions refusées ou les annotations sont notifiées aux membres avec les décisions prises. Les droits des adhérents sont essentiels dans le Parti.

e) Pour faire accepter leurs vues et leurs approches aux autres, les membres peuvent se constituer en plateforme, lesquelles demeurent soumises aux statuts et au programme.  Les raisons pour lesquelles ces plateformes sont constituées doivent être accessibles à d’autres membres. Ainsi, chaque membre utilise librement son droit de constituer des plateformes, de les dissoudre volontairement ou les laisser s’éteindre lorsqu’elles arrivent à leur fin et/ou d’y participer ou encore de s’en séparer. Les activités et le fonctionnement des  plateformes se réalisent d’une manière transparente et ouvertes au reste du Parti. Les plateformes ne doivent en rien contrarier la volonté collective du Parti, son unité politique et le fonctionnement de ses organes ;  elles ne peuvent constituer des volontés parallèles ni prendre des décisions contraignant ses adhérents. Elles n’ont pas le droit de constituer une trésorerie à part et ne peuvent privilégier de gagner des soutiens au sein du Parti pour elles-même plutôt que des membres pour le Parti.

Les bases et les procédés qui définissent l’unité d’action du Parti et les droits des minorités sont  établis par un règlement .

f) Dans tous les organes du Parti, de même qu’à tous les niveaux et de domaine de vie de celui-ci , il est pratiqué une discrimination positive en faveur des femmes. La discrimination positive ne peut être laissée à l’intention ou à l’initiative d’un seul organe ni à une seule personne. Le Parti développe et assure des méthodes efficaces pour la réalisation systématique de celle-ci .

Partant de là, dans les élections pour chaque instance et organe, obligatoirement, il sera élu une femme pour un homme. Sauf cas exceptionnels et temporaires, ceci est un principe inaliénable du Parti. Il incombe aux organisations du Parti qui n’arrivent pas à assurer ce quota à cause de l’insuffisance de la demande ou du nombre d’adhérentes féminines, de faire le nécessaire pour y remédier par l’augmentation de celles-ci et par l’organisation de congrès extraordinaires. Est dissout l’organe qui n’arrive pas à assurer le quota de 50 % entre deux congrès.

Lors d’un vote pour n’importe quel organe du Parti, si une femme est ex æquo avec un homme, elle remportera la position. En cas de démission d’une femme d’un organe élu, une femme sera obligatoirement choisie pour la suppléer. L’organe sera complété par la première  suppléante, sinon par une autre en consultant les suivantes dans les rangs, jusqu’à la dernière.

La discrimination positive ne peut être en contradiction avec les principes de l‘égalité et de la démocratie parmi les membres du Parti. Les femmes, membres du Parti, mettent en ordre un règlement pour définir les relations et le fonctionnement de leurs propres plateformes.

Les membres des différents courants féministes, en tant que composants du mouvement de l’émancipation des femmes et ayant pour principe d’être indépendants du patriarcat, du capital et de toutes ses institutions peuvent adhérer au Parti.

Le SYKP, est chargé, avec la perspective de la lutte d’émancipation des femmes, de renforcer l’organisation et la politisation des femmes et de créer les outils de lutte contre la domination masculine et le sexisme dans le Parti, ainsi que de multiplier les possibilités de revoir les orientations, les politiques et les institutions du Parti aux prismes de la politique féministe.

g) Les membres du Parti de la communauté LGBT se voient appliquer la discrimination positive.

h) Pour assurer la participation des jeunes de 18-25 ans aux processus décisionnels et pratiques, pendant les élections pour tous les organes du Parti, ces derniers se voient également privilégiés par la discrimination positive qui leur permet d’être représentés à la hauteur de 20%. Les mêmes règles concernant le quota pour les femmes définis à l’article (f) s’appliquent.

i) Les membres peuvent, soit individuellement soit en groupe, en tant que plateforme ou tendance, demander de l’information, se réunir, façonner des points de vue, propager leurs opinions dans le fonctionnement interne du Parti et à travers ses publications. Chaque membre jouit égalitairement des moyens (publications, locaux, communications, etc.) du Parti. Il est impensable de faire de la discrimination parmi les membres du Parti ou accorder des privilèges à qui que ce soit. 

j) Toutes les activités dans le Parti se déroulent dans une transparence complète. Tous les membres et organes du Parti ont le droit d’accéder aux informations concernant lesdites activités sans obstruction, en temps utile, d’une manière permanente et suffisante, et de pouvoir contrôler  les travaux. Chaque membre peut s’adresser aux organes concernés à tous niveaux du Parti, faire des critiques ou des propositions par écrit et l’instance en question a l’obligation d’y répondre par écrit. Toutes les activités et la situation financière du Parti sont ouvertes au contrôle des membres. Les organes concernés sont chargés d’organiser le bon fonctionnement de ce processus d’information et de contrôle.

k) Le droit à la parole et le pouvoir décisionnel des membres constituent un principe. Les membres sont libres d’exprimer leurs volontés soit personnellement soit par délégation. Il incombe, à chaque niveau du Parti, aux instances concernées de garantir les conditions de l’utilisation du droit à la parole et du pouvoir décisionnel par les membres.

l) Les membres des instances qui dirigent sont élus. Les électeurs ont toujours droit de contrôler et de rappeler les élu(e)s en les révoquant. Pour la révocation,  le même organe électif  est réuni, il applique la même méthode de vote. L’activité du Parti est à la base collective et se réalise en organes. Dans les instances et organes du Parti, le principe est “la responsabilité individuelle et la direction collective”.

m) Le Parti défini la méthode et les règles d’élection en vue de maintenir et protéger sa structure pluraliste. Il emploi un système proportionnel qui va refléter la volonté individuelle ou collective de ses membres, engendrer des résultats égaux, justes et démocratiques et qui va garantir les droits des minorités. Dans les cas où la proportionnelle n’est pas demandée et/où il n’y a qu’un seul candidat, un système majoritaire est requis. Les principes et les procédés d’élections sont instaurés avec la réglementation prévue à cet effet.

n) Chaque dirigeant ne peut prétendre qu’à deux mandats successifs (la durée d’un mandat étant égale à la période comprise entre deux congrès ordinaires). Il ne peut, de nouveau, devenir candidat qu’une fois la mandature succédant son dernier mandat est révolu. A chaque mandature il est obligatoire de renouveler un tiers des dirigeants (sauf la présidence). En cas d’insuffisance de candidats, cette règle ne s’applique pas pour les candidatures manquantes d’organe.

o) Le Parti, les fédérations et les organes peuvent faire des publications soit à l’intérieur du Parti soit destinés à l’opinion publique, lesquelles sont par contre tenues d’être en conformité avec les principes et les objectifs du Parti inscrits dans son programme.

p) Le fonctionnement des organes du Parti est ouvert au contrôle des membres. Les réunions   des organes élus peuvent être suivies par les membres ayant élu lesdits organes.

q )  Les comportements incompatibles avec la qualité de membre (emploi de violence et harcèlement contre les femmes, les révolutionnaires, le peuple et les membres du Parti, le détournement de bien sociaux du Parti etc..) et les sanctions sont définies par les statuts.  Dans le Parti, il ne peut y avoir d’autre sanctions à employer envers les membres hormis ceux-là.

r) Toutes les organisations du Parti sont autonomes dans leurs activités.

s) Les membres qui travaillent dans des structures, mouvements, dynamiques et organisations anticapitalistes, révolutionnaires démocratiques en dehors du Parti peuvent s’organiser entre eux-mêmes et créer des organisations/ organismes communes, y compris des Conseils en vue de se coordonner, de développer des politiques de lutte commune, pour les faire adopter et appliquer par le Parti. Les instances du Parti décident de la forme finale de ces politiques développées par ces organismes. Par contre les décisions et les orientations prises par les Conseils de Femmes sont adoptées telles qu’elles.

u) Les membres handicapés se voient appliquer les règles de la discrimination positive.

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pour l’intégralité des Statuts (en Turc), voir : http://www.sykp.org.tr/tuzuk/

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